À qui appartient cette voiture ? Quand la coopération sino-américaine brouille les frontières
23 septembre 2026
Note de la rédaction : Yu Bokun est commentateur économique à CGTN et auteur de cette publication. Les opinions exprimées dans cet article concernent son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de CGTN.

Pendant des années, les relations économiques entre la Chine et les États-Unis ont été décrites sous l’angle de la concurrence : qui vend le plus, qui produit le plus ? Mais ces relations comportent un autre aspect essentiel : la coopération. Et parfois, celle-ci apparaît le plus clairement à travers un seul produit.
Prenons l’exemple de l’automobile. Le constructeur américain General Motors et son partenaire chinois SAIC Motor ont récemment conclu un accord visant à prolonger leur coentreprise pour vingt années supplémentaires. Ce partenariat est particulièrement significatif, car il ne se résume plus à vendre des voitures américaines aux consommateurs chinois. Selon GM, dont le siège se trouve à Detroit, le renouvellement de cette coopération doit permettre à la coentreprise d’accélérer sa transformation technologique et de saisir de nouvelles opportunités de croissance.
Quand une voiture ne peut plus être simplement chinoise ou américaine
SAIC apporte l’accès à un vaste marché automobile, à une chaîne d’approvisionnement dense ainsi qu’à une solide expertise dans les véhicules électriques. GM, de son côté, met à disposition ses marques internationales, ses capacités d’ingénierie et son accès aux marchés mondiaux.
La combinaison de ces atouts ne donne pas simplement naissance à un produit chinois ou américain. Elle aboutit à un produit développé grâce à la coopération — et potentiellement destiné aux marchés du monde entier.
Pour Liu Chunsheng, professeur associé à l’Université centrale de finance et d’économie de Beijing, le partenariat entre GM et SAIC illustre le cœur de la coopération économique et commerciale sino-américaine : tirer parti des complémentarités et créer ensemble de la valeur.

« Cette coopération ne consiste pas simplement, pour une partie, à pénétrer le marché de l’autre. Il s’agit plutôt de mettre en commun leurs ressources et leurs atouts respectifs afin de développer des produits mieux adaptés au marché chinois, tout en contribuant à la chaîne d’approvisionnement mondiale », explique Liu.
De « fabriqué en Chine » à « créé ensemble »
Pendant des décennies, le modèle fondamental du commerce mondial était relativement simple : un pays fabriquait un produit, un autre l’achetait. Mais les chaînes d’approvisionnement sont devenues beaucoup plus complexes. Aujourd’hui, la valeur d’un produit peut être créée simultanément dans plusieurs pays, de la conception et de l’ingénierie à la fabrication, en passant par les logiciels, la logistique et le marketing. La coopération relève donc davantage de la nécessité que du choix, car aucune des deux parties ne peut tout fournir à elle seule.
Le Forum économique mondial estime que la fragmentation des échanges et des flux financiers coûte déjà jusqu’à 307 milliards de dollars par an à l’économie mondiale. Maintenir l’interconnexion des marchés n’est donc pas qu’un slogan politique : cela représente une réelle valeur économique.
L’Organisation mondiale du commerce, pour sa part, estime que la facilitation des échanges a réduit les coûts du commerce mondial de 1 à 4 %, contribuant ainsi à une hausse des échanges de plus de 230 milliards de dollars.
Les chaînes de valeur mondiales ne se contentent pas de réduire les coûts. Elles favorisent également la diffusion des technologies et des connaissances, stimulent l’innovation et améliorent la productivité. C’est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises continuent de rechercher la coopération.

« La collaboration technologique entre les multinationales est essentielle à une allocation efficace des ressources à l’échelle mondiale. Si elle continue de ralentir, elle pourrait peser sur l’innovation dans des secteurs tels que les nouvelles énergies et les véhicules intelligents, rendant plus difficile le développement des technologies émergentes », souligne Liu.
L’investissement, autre visage de la coopération
Pourquoi les entreprises continuent-elles de se rapprocher malgré les nombreuses restrictions ? Elles finissent souvent par se poser une question simple : la coopération crée-t-elle de la valeur ?
L’investissement constitue l’un des moyens de mesurer cette valeur. Lorsque des entreprises investissent au-delà de leurs frontières, elles ne transfèrent pas seulement des capitaux. Elles apportent souvent avec elles des technologies, des compétences, des capacités de production et un accès à de nouveaux marchés.
L’investissement demeure ainsi une composante majeure de l’économie mondiale. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les investissements directs étrangers ont progressé de 6 % en 2025, pour atteindre 1 600 milliards de dollars. L’organisation souligne que les IDE peuvent aider les économies à assimiler et à déployer de nouvelles technologies, tout en leur permettant de mieux s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales.
C’est précisément la logique qui sous-tend des partenariats tels que celui entre GM et SAIC. La valeur ne doit pas nécessairement provenir d’un seul côté. Elle peut naître de la combinaison de plusieurs forces complémentaires et de l’accès à un marché plus vaste.
Au-delà de la concurrence, la logique des complémentarités
C’est peut-être aussi la manière la plus pragmatique d’envisager la coopération économique entre la Chine et les États-Unis. Les deux pays peuvent être concurrents dans certains domaines. Mais lorsque leurs atouts se complètent, la coopération peut créer une valeur qui dépasse les capacités de chacun pris isolément.
Dans ce contexte, la question n’est pas toujours de savoir à qui appartient un produit, ni même qui l’emportera. Lorsqu’une voiture mobilise des technologies, des capitaux, des compétences, des chaînes d’approvisionnement et des marchés provenant de plusieurs pays, son identité devient nécessairement plus complexe.
La question est parfois plus simple : que pouvons-nous créer ensemble ?



